Accueil/Sécurisation progressive en assurance vie : le seul mécanisme qui protège sans sacrifier le rendement
Sécurisation progressive en assurance vie : le seul mécanisme qui protège sans sacrifier le rendement
Les unités de compte ont rapporté 4,7 % nets en 2025, les fonds en euros 2,6 %. Sécuriser coûte donc environ deux points de rendement par an. La sécurisation progressive consiste à payer ce prix volontairement, un peu plus chaque année, pour ne pas subir un marché baissier au moment exact où l’argent doit sortir. Le raisonnement tient. Reste à savoir quand la descente commence et à quel rythme elle s’exécute.
L’option reste rare. Elle circule surtout chez les robo-advisors et sur les contrats adossés à un mandat, beaucoup moins sur les contrats bancaires classiques. Ailleurs, elle porte un autre nom ou n’existe pas, et il faut alors se rabattre sur les autres leviers de la gestion de l’assurance vie.
Deux informations décident de tout avant d’activer quoi que ce soit : la date à laquelle le capital doit être disponible, et le rendement du fonds en euros qui va le recevoir. La seconde est régulièrement négligée. Elle détermine pourtant ce que la sécurisation rapporte réellement une fois l’arbitrage passé.
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Au sommaire
01Ce que l’option fait vraiment au contrat 02Ce que la réglementation impose 03Le prix de la descente 04Quand déclencher, concrètement 05Les alternatives en gestion libre 06Les erreurs qui annulent le bénéfice 07Questions fréquentesCe que la sécurisation progressive fait vraiment au contrat
L’option ressemble à une garantie et n’en est pas une. Elle organise un désinvestissement étalé dans le temps, dont le calendrier est fixé à l’avance puis exécuté sans intervention de votre part. Le capital reste exposé tant que l’arbitrage n’a pas eu lieu.
Un désinvestissement programmé, jamais une garantie
Le mécanisme tient en trois temps. Vous indiquez une date d’échéance, l’assureur en déduit un calendrier d’arbitrages, puis transfère par tranches votre épargne en unités de compte vers le fonds en euros ou vers un support prudent. La périodicité varie : mensuelle chez certains assureurs, trimestrielle ou annuelle chez d’autres.
Chez Abeille Assurances, le plan de sécurisation se déroule ainsi sur 6, 12, 18 ou 24 mois, avec un encours minimum de 10 000 € et un montant minimum de 5 000 € à sécuriser. L’opération y est gratuite. Le rythme, lui, n’est presque jamais linéaire : chez Nalo, la réduction du risque reste faible tant que l’horizon est lointain, puis s’accélère à l’approche du terme.
Pendant toute cette période, l’AMF rappelle une évidence utile. Moins risqué ne signifie pas sans risque, et la gestion à horizon n’offre ni garantie ni protection du capital investi. Une chute de marché à mi-parcours frappe donc la part encore exposée.
La confusion avec la sécurisation des plus-values coûte cher
Les deux options portent des noms voisins et ne font pas le même travail. La sécurisation des plus-values transfère uniquement les gains réalisés sur les unités de compte vers le fonds en euros. Le capital initialement investi reste exposé aux marchés, indéfiniment. La sécurisation progressive s’attaque en revanche à l’ensemble de la poche en unités de compte, gains compris, jusqu’au désengagement total si le calendrier va à son terme.
La nuance change tout pour un épargnant à trois ans de la retraite. Avec la première option, il peut arriver à l’échéance avec 80 % de son contrat encore investi en unités de compte. Avec la seconde, la trajectoire ramène cette exposition vers zéro. Notre page sur la sécurisation des plus-values détaille les cas où cette option plus légère suffit.
Ce que la réglementation impose, et ce qu’elle laisse à votre charge
Beaucoup d’épargnants supposent que leur contrat sécurisera tout seul, comme le fait un plan d’épargne retraite. C’est faux, et l’écart entre les deux enveloppes est réglementaire. Le PER obéit à une grille de désensibilisation imposée par arrêté. L’assurance vie n’a aucune obligation équivalente.
Ce que dit la loi
Depuis le 24 octobre 2024, un profil de gestion sous mandat ne peut être qualifié de prudent que si 50 % de l’encours au moins repose sur des supports à faible risque. Le seuil tombe à 30 % quand l’horizon de détention dépasse dix ans. Les profils équilibré et dynamique retiennent respectivement 30 % et 20 %.
Article A. 132-5-4 du Code des assurancesLe PER descend par obligation, l’assurance vie par option
Sur un PER en gestion pilotée à horizon, la part minimale d’actifs peu risqués est fixée par la réglementation et augmente à mesure que la retraite approche. Trois profils coexistent, auxquels un arrêté de juillet 2024 a ajouté une grille offensive. Un profil prudent doit ainsi atteindre 90 % d’actifs peu risqués dans les deux dernières années.
| Profil PER | Plus de 10 ans | 10 à 5 ans | 5 à 2 ans | Moins de 2 ans |
|---|---|---|---|---|
| Prudent horizon retraitedésensibilisation la plus rapide | 30 % | 60 % | 80 % | 90 % |
| Equilibré horizon retraiteprofil retenu par défaut | Aucun minimum | 20 % | 50 % | 70 % |
| Dynamique horizon retraiteexposition maintenue longtemps | Aucun minimum | Aucun minimum | 30 % | 50 % |
Part minimale d’actifs à faible risque prévue par la réglementation du PER, relevée dans la documentation de l’AMF.
Aucun texte n’impose l’équivalent en assurance vie. L’assureur n’a pas à réduire l’exposition d’un contrat, quel que soit l’âge du souscripteur ou la date de son projet. La grille ci-dessus n’a donc ici aucune valeur contraignante. Elle sert de repère de bon sens, rien de plus.
Un profil prudent n’est pas un profil qui descend
La réglementation de 2024 encadre le niveau de risque d’un profil, pas sa trajectoire. Un mandat prudent respecte son plancher au moment des réallocations, qui interviennent au minimum une fois par semestre. Ce plancher ne bouge pas avec le temps.
Le même contrat affichera par conséquent la même allocation cible vingt ans avant le projet et dix-huit mois avant. Autrement dit, choisir un profil prudent sécurise le niveau, jamais le calendrier. Beaucoup de souscripteurs confondent les deux et découvrent tard que leur contrat n’a jamais amorcé de descente. Dans cette enveloppe, la désensibilisation reste une décision à prendre, puis à programmer.
Le prix de la descente
Chaque tranche arbitrée quitte un support qui a rapporté davantage pour rejoindre un support qui rapportera moins. L’écart se paie tous les ans, sur des montants qui grossissent. Deux postes le composent : le manque à gagner et les frais d’arbitrage.
Deux points de rendement par an, en moyenne
France Assureurs a mesuré 4,7 % de performance nette sur les unités de compte en 2025, contre 2,6 % pour les fonds en euros, un taux stable pour la troisième année consécutive. L’écart moyen approche donc 2,1 points. Sur 100 000 € sécurisés cinq ans avant l’échéance, la différence cumulée dépasse 11 000 € si les marchés se comportent comme en 2025.
Cette somme n’est pas perdue pour rien. Elle achète la certitude de disposer du capital à la date prévue, sans dépendre d’un mouvement de marché. Le calcul se retourne toutefois dès que l’horizon s’allonge. Sécuriser dix ans à l’avance revient à financer une assurance contre un risque encore très faible.
Les frais d’arbitrage transforment l’option en péage
L’option elle-même est presque toujours gratuite. Les arbitrages qu’elle déclenche le sont beaucoup moins. Certaines banques de réseau facturent encore 0,5 % à 1 % du montant transféré à chaque opération. Les contrats en ligne, à l’inverse, pratiquent l’arbitrage gratuit et illimité.
Vérifier cette ligne dans les conditions générales avant d’activer l’option évite une mauvaise surprise, notamment sur les contrats appliquant un forfait minimum par opération. Le détail des tarifs et des cas d’exonération figure dans notre page sur l’arbitrage en assurance vie.
Vérifiez le tarif avant d’activer
Un plan mensuel sur 24 mois déclenche 24 arbitrages. Chaque tranche subit son prélèvement, soit environ 0,5 % du capital sécurisé au total. Sur les contrats à arbitrages gratuits, ce poste tombe à zéro.
Quand déclencher, concrètement
La bonne date ne se déduit pas d’une règle universelle. Elle dépend de la nature du projet, de sa rigidité et de la part du patrimoine engagée. Deux repères aident néanmoins à trancher.
Cinq ans, pas cinq mois
La grille du PER donne un ordre de grandeur utile, même hors PER. Un profil prudent y passe de 60 % à 80 % d’actifs peu risqués entre dix et cinq ans avant l’échéance, puis à 90 % dans les deux dernières années. Le gros du travail se joue donc entre cinq et deux ans du terme.
Sécuriser six mois avant relève du pari, puisqu’une correction pendant cette fenêtre laisse très peu de temps pour se refaire. À l’inverse, sécuriser dix ans à l’avance revient à abandonner la période où les unités de compte travaillent le mieux. Pour un projet daté et non négociable, un achat immobilier ou des études à financer, cinq ans constituent un point de départ raisonnable.
La retraite n’a pas de date d’échéance contractuelle
L’assurance vie ne se dénoue pas automatiquement au départ à la retraite. Le contrat continue, et la sortie se fait par rachats partiels programmés, parfois étalés sur vingt ans. Sécuriser 100 % du capital le jour du départ revient donc à figer une épargne qui restera investie une décennie de plus.
La logique diffère de celle du PER, où la liquidation se rapproche d’une date unique. Une descente partielle suffit le plus souvent : sécuriser la part correspondant aux cinq premières années de retraits, et laisser le reste travailler. Cette approche par tranches évite de payer l’écart de rendement sur un capital dont vous n’aurez pas l’usage avant 2040.
Les alternatives qui marchent sur un contrat en gestion libre
L’option n’est pas proposée partout, et son absence n’interdit rien. Deux dispositifs reproduisent l’essentiel du résultat, avec un contrôle supérieur sur le rythme.
Le rééquilibrage automatique avec une cible révisée
Le rééquilibrage automatique ramène périodiquement l’allocation vers une répartition cible, souvent chaque trimestre. Il ne descend pas tout seul, mais réviser la cible une fois par an produit le même effet. Passer de 70 % d’unités de compte à 60 %, puis 50 %, revient à piloter sa propre grille.
L’option est gratuite sur la plupart des contrats et disponible en gestion libre, contrairement à la sécurisation progressive, généralement réservée aux mandats. Notre guide sur le rééquilibrage automatique détaille les fréquences pratiquées et les seuils de déclenchement.
Trois arbitrages manuels battent souvent une option automatique
Rien n’oblige à automatiser. Trois arbitrages manuels, à cinq ans, trois ans et un an du terme, produisent une trajectoire propre et laissent la main sur le timing. L’avantage devient réel après une baisse marquée : vous pouvez décaler une tranche de quelques mois plutôt que de vendre au plus bas, ce qu’une option programmée fera sans état d’âme.
L’inconvénient tient à la discipline, qui suppose de ne pas oublier l’échéance. La logique inverse existe par ailleurs, sous le nom d’investissement progressif, pour entrer sur les marchés par tranches plutôt que d’en sortir.
L’œil de la rédaction
Sur un contrat en gestion libre, nous préférons trois arbitrages datés à une option automatique. Le calendrier reste identique, le contrôle sur les points de sortie change tout après une correction.
Les erreurs qui annulent le bénéfice
La mécanique fonctionne. Ce sont les paramètres qui posent problème, et deux d’entre eux reviennent systématiquement dans les contrats que nous examinons.
Sécuriser vers un fonds en euros à 1,60 %
La sécurisation n’a de sens que si le support d’arrivée tient la route. L’écart entre fonds en euros dépasse aujourd’hui deux points et demi : les moins performants servent environ 1,60 %, quand Corum Life a distribué 4,10 % au titre de 2025.
Transférer 100 000 € vers un fonds à 1,60 % pendant cinq ans laisse près de 14 000 € sur la table par rapport à un fonds de tête. Sur un vieux contrat bancaire, la sécurisation aggrave donc un problème préexistant au lieu de le résoudre. Le taux servi figure dans le rapport annuel de l’assureur.
Laisser la date d’échéance se périmer
Le calendrier de sécurisation dépend d’une date que vous avez saisie, parfois à la souscription, souvent sans y repenser ensuite. Un projet reporté de trois ans, un départ à la retraite décalé, et la trajectoire devient fausse. L’option continue pourtant de s’exécuter.
Cette date se modifie à tout moment depuis l’espace client, sans frais dans la quasi-totalité des contrats. Une vérification annuelle, au moment du relevé de situation, suffit à éviter le décalage. C’est aussi l’occasion de contrôler la part déjà sécurisée, rarement conforme à ce que le souscripteur imagine.
Une allocation ajustée à votre profil, sans arbitrage à programmer vous-même.
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Questions fréquentes
La sécurisation progressive est-elle payante ?
L’option est gratuite sur la grande majorité des contrats qui la proposent, y compris chez les assureurs traditionnels. Le coût réel se situe ailleurs, dans les frais d’arbitrage déclenchés par chaque transfert. Comptez de 0,5 % à 1 % du montant transféré sur certains contrats bancaires, et zéro sur les contrats en ligne. Vérifiez la ligne dédiée dans la notice d’information avant l’activation : la gratuité de l’option ne présume en rien de celle des arbitrages.
Peut-on l’activer sur un contrat en gestion libre ?
Rarement. La sécurisation progressive suppose le plus souvent une gestion pilotée ou conseillée, parce qu’elle engage le gestionnaire sur une trajectoire d’allocation. Quelques assureurs la proposent en gestion libre sous forme de plan de sécurisation daté, avec des seuils d’encours minimum, autour de 10 000 € par exemple. En dehors de ces cas, le rééquilibrage automatique et les arbitrages programmés remplissent la même fonction sans condition de mode de gestion.
Les arbitrages de sécurisation sont-ils imposés ?
Non. Un arbitrage reste une opération interne au contrat et ne constitue pas un fait générateur d’imposition. Vous pouvez transférer la totalité de vos unités de compte vers le fonds en euros sans déclencher le moindre prélèvement. L’impôt et les prélèvements sociaux de 17,2 % n’interviennent qu’au moment d’un rachat, sur la part de gains contenue dans le retrait. Un point mérite attention : une fois l’argent sur le fonds en euros, les intérêts supportent les prélèvements sociaux chaque année, contrairement aux gains des unités de compte.
Que se passe-t-il si les marchés baissent pendant la descente ?
L’option continue de s’appliquer au calendrier prévu et vend donc au prix du moment, y compris après une correction. Aucune clause ne suspend les arbitrages en cas de baisse, sauf disposition contraire, très rare. C’est la limite principale du dispositif automatique : il exécute sans juger le contexte. Un plan manuel permet à l’inverse de décaler une tranche de quelques mois. La contrepartie tient à la discipline, le report volontaire se transformant facilement en attente indéfinie d’un rebond.